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LES CHRONIQUES DU BIG ROYAUME saison 2

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LES CHRONIQUES DU BIG ROYAUME saison 2

Message par The BIG le Ven 13 Jan - 16:01

LA RENAISSANCE.
Avant propos.


Je me nomme Arnaud mais mes frères m'appellent simplement Naud. Depuis des décennies, je parcours ce monde de chaos, de sang et de larmes protégé uniquement par la robe de bure verte de ma confrérie. Je suis Naud le père vert ( en deux mots s'il vous plaît !). Je cherche celui par qui tout renaîtra, je cherche la descendance, je cherche l'élu.
Ce récit retrace cette quête et ce qu'il en advint.
( à suivre)( je garantie pas la régularité)



The BIG
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Re: LES CHRONIQUES DU BIG ROYAUME saison 2

Message par The BIG le Ven 20 Jan - 10:49

La quête de l'élu


Le bruit de succion que faisaient mes sandales à chacun de mes pas m'était insupportable. Dans ces pays du nord-est, de pluie et de brouillard, les chemin n'étaient que de longs bourbiers sinueux. Je n'osait regarder mes chausses couvertes de boue, me demandant combien de lavages successifs seraient nécessaire pour restaurer le rose délicat des fines soquettes de laine, confectionnée avec tant de soins et de compétence par les artisanes de ces régions du midi d'où mon errance m'avait considérablement éloigné, et qui s'assortissaient si bien avec le vert olive de ma robe de bure.
Le village se dessinait à travers le triste crachin qui persistait depuis depuis l'aube. C'était un pauvre village dont l'enceinte de bois à demi effondrée ne garantissait même pas de la bise du nord et certainement pas des maraudes.
Le chemin pénétrait le village par une béance plus large. Bien sûr aucun garde n'en contrôlait l'accès, peut-être à cause de cette froideur humide du matin où d'un improbable tempérament pacifique des habitants, à moins que se ne fût cette odeur, s'affirmant de plus en plus nettement, qui décourageait tout vagabondage en ces lieux oubliés de Dieu ? Cette puanteur acre raclait la gorge et irritait les parois nasales comme si l'air, déjà chargé de ce brouillard pesant avait l'épaisseur d'une matière acide.
Mon âme pieuse et charitable laissa échapper une lamentation de pitié.

  • Ô hameau amer, maugréais-je. Serait- ce possible que la Descendance se cache en ton sein?



Le découragement, bien compréhensible, ajouté à la fatigue de tous ces lieux visités et de toutes ces lieues parcourues eurent raison de mon endurance et je tombais à genoux dans la gadoue (au point où en était l'état de mon costume, un peu plus ou un peu moins...). Je quémandais, avec toute l'humilité qui caractérise ma dévotion, un réconfort divin.

  • Ô, Seigneur ! Pourquoi m'as-tu abandonné ?



Alors, une pale éclaircie sembla atténuer la grisaille des nues et la Voix, la Sainte Voix, douce et chaleureuse se manifesta enfin :

  • Ho ! Père Naud, je t'ai déjà dit de ne pas me nommer ainsi. Le seigneur c'est l'autre... Appelle-moi : Sainte Rondeur ou Sainte circonférence ou... Enfin relis tes classiques, quoi !



La première fois que m'advint la Voix, je recopiais un précieux palimpseste avec toute l'application et talent qui attisaient tant de jalousie et de rancœurs. J’imaginais que cette Voix résonnait sous les voûtes séculaires de notre paisible abbaye et que tout un chacun l'avait ouïe. Je fis part de ma stupeur à mes frères copistes, mais leurs répliques telles que : «  Hé, Naud ! T'as encore piqué du vin de messe ? » ou «  Fais gaffe Naud, tu vas finir en brochette comme la pucelle... », me convainquirent qu'elle m'était uniquement consacrée. Elle m'avait choisie.

La Voix repris :


  • Ô homme de peu de foi, nous ferais-tu une cirrhose ? Douterais-tu de ta mission ?
  • Pitié Saint... Sainte... Heu... Pitié, mon fardeau est si lourd, ma tache si difficile...
  • Non, non, se mépris la Voix, ce n'est que de la boue. Ça part en frottant...



Puis, avec une solennité emphatique, elle poursuivit :

  • Père Naud, Tu as été choisi pour cette quête, tu as été désigné. Le destin t'as marqué ! Alors, vieux Père vert, il faut que le marqué quête !



( à suivre)



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Re: LES CHRONIQUES DU BIG ROYAUME saison 2

Message par The BIG le Ven 27 Jan - 17:24

L’éclairci se confirmait et la brume se levait. Je l'imitais avec difficulté car ma robe de bure répugnait à se séparer de la boue si attachante du chemin.
Les masures du village se distinguaient plus nettement renforçant l'impression d'abandon et de misère qui m'assaillit dès que j’eus franchi les limites de ce qui servait d'enceinte. Je cherchais du regard quelque populace, lorsque un appel perça les dernières vapeurs accrochées à l'humus humide.

  • Allez, Luc ! Remue-toi un peu, Luc !





Je dirigeais mes pas vers le grossier bâtiment de rondin d'où semblait provenir les sons, mais aussi l'odeur.
Un jeune garçon se penchait vers l’intérieur de la baraque par dessus un méchant portillon qui en barrait l'entrée. Il restait ainsi courbé en avant offrant au regard son anatomie postérieure. Je rendis grâce au Seigneur qui, dans sa mansuétude, m'avait donné la faculté d'apprécier à sa juste valeur les plus belles réussites de sa création.
Mon approche chuintante ne semblait pas alerter le jeune homme tant il demeurait fasciné par quelque événement se déroulant de l'autre côté du portillon. À moins qu'il ne fût tout simplement assoupis et que ces appels, dont je ne devinais pas la source, lui étaient destinés.

  • Dis-moi, mon fils, l'interpellais-je.
  • Oui Papa répondit-il en se retournant. Ho ! Excusez messire, je croyais que c'était mon père...
  • Et pourtant, je suis ton père, Luc, assurais-je
  • Luc ? Luc ? S'étonna-t-il
  • N'est-ce pas toi : Luc ? J'ai entendu quelqu'un t’appeler à l'instant.
  • Ah, non ! Luc : c'est lui...



Il désigna alors le côté obscur de la porcherie où dormait un énorme porc.

  • C'est notre verrat là, il ne fait que dormir. Je tentais de le réveiller.




La masse du cochon se distinguait difficilement de la fange puante mêlée de paille et de vermine dans laquelle il se vautrait. Des processions de mouches et d'insecte divers pèlerinaient sur ce Golgotha de saindoux. La peau d'un rose fragile qui se laissait entrevoir par endroit me rappelait douloureusement l'état de mes soquettes souillées et humides.

  • Luc, c'est un drôle de nom pour un cochon, mon fils.
  • Ben, c'est-à-dire que tout le monde, ici, appelle son verrat : Adam ou Pié et même Champagne ! C'est vous dire... Alors flûte ! Nous, on l'a appelé  Luc, ça change... En fait, mon père est dyslexique
  • Dix, quoi, combien ?
  • Un peu dyslexique. Souvent, il inverse les mots. Mon père trouvait que ce cochon avait un beau cul, alors, il l'a appelé Luc.. Moi, j'aimais bien : Kivriva, mais ça a été : Luc. Voilà l'histoire.
  • Tu m'en diras tant, concluais-je en opinant de la tête.



Ce garçon était un cadeau divin. Son regard d'azur limpide et pur pétillait d'intelligence. Il éclairait les traits pales et délicats de son visage adolescent, peut-être un peu ronds, mais parfaitement assortis à ses formes postérieures. Je résistais à la tentation de caresser, tel un père affectueux, sa blonde chevelure, dont la coupe d'un style rustique ( au bol ébréché) ne parvenait pas à en ternir l’éclat angélique. Quelques croûtes douteuses et odorantes, maculant ça et là ces mèches gracieuses, me confortèrent dans mon abstinence.
Soudain une voix forte et vulgaire mit fin à mes hésitations.

  • Putain, Richard ! Avec c'est qui que tu causes ?



( à suivre)



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Re: LES CHRONIQUES DU BIG ROYAUME saison 2

Message par The BIG le Ven 3 Fév - 17:34


  • Mais avec mon père, père...


Il était difficile de déduire quelques ressemblances héréditaires avec l'homme qui arrivait au bout de ce qui servait de rue, tant il était massif et lourd comparé à la fine silhouette, presque féminine, de son fils . Son visage s'articulait autour d'une large ouverture s'ouvrant sur des chicots artistiquement travaillés par une négligence opiniâtre. Le reste était couvert de poils hirsutes laissant deviner de petits yeux vitreux. Il scandait ses paroles par une gesticulation nerveuse destinée à chasser les mouches qui vrombissaient autour de son crane qui, si la présence du soleil coïncidait avec l'ablution annuelle, aurait pu luire d'un bel éclat.

  • C'est ti que tu racontes là? Tu déparles ou quoi ? Et c'ui-là, c'est qui ?
  • C'est un père, père.
  • Je vois bien que c'est un pépère, il est pas tout jeune !
  • Ho, pas tout jeune, pas tout jeune, m’offusquais-je. Je suis encore vert, vous savez.



Il m'examina un instant tout en terrassant quelques diptères de ses battoirs.

  • C'est un religieux, père, précisa Richard. Ne reconnais-tu pas son port ecclésiastique ?



L'homme balança, à droite et à gauche, le balai-brosse pelé qui lui servait de tête et fit :

  • Un porc ? Quoi tu me dis là ? Y a pas d'autre porc que mon verrat ici ! D'ailleurs, qu'il se bouge, c'ui- là, que la truie, elle s'impatiente, qu'elle se demande quand est-ce qu'elle le verra, le verrat.



Puis, il écarta énergiquement le garçon du portillon et pénétra dans la soue en maugréant.

  • Assez traîné. Si je compte sur toi, il pourille jusqu'à demain. Pitain, tu peux pas le secouer un peu ! À quoi tu sers à vabasser pendant que je me crève le luc !



Il eut un couinement aigu. Le sabot du porcher avait atteint son but malgré les difficultés balistiques dues au revêtement particulièrement spongieux du lieu. Les mouches protestèrent d'un bourdonnement agressif et s'étirèrent en volutes à l’extérieur de l'abri porcin en s'étonnant qu'il ne plu plus. Puis, la lumière blafarde de ce jour sans bonté, éclaira un groin suintant et deux petits yeux, encore embués de sommeil, cherchant une direction vers laquelle diriger le reste du corps. Une brutale impulsion postérieure mit fin aux hésitations et le verrat sorti avec un grognement de protestation avant d'entreprendre, sur trois pattes, l'ascension de la rue.
L'homme se montra ensuite, enfilant son sabot où quelques petites créatures longilignes de couleurs variées, engluées dans un cataplasme brun indéfinissable, se tortillaient en vain. Cela fit un chuintement visqueux que sembla apprécier le porcher.
Était-il possible que tant de délicatesse de traits, d'intensité dans le regard, de discernement dans le jugement soient le fruit de cet être fruste et grossier. Ce garçon était la perle enfouie dans les chairs informes de l’huître qui n'avaient d’intérêt qu'assaisonnées de citron ou bien de gouttes de vinaigre mêlées d’échalotes. ( C'est selon.)
Ne sachant où diriger ma quête, j'accompagnais le garçon à la suite de son géniteur.
Peu à peu, le village s'animait. Quelques gueux en guenille s'aventuraient hors de leur pitoyable masure, chassant brutalement les volatiles déplumés déféquant à leur porte. Leur regard hostile me collait à la bure, aussi sûrement que la boue de leur venelle dont je sentait l'humidité pénétrer mes orteils jusqu'à mon échine, au point de me faire éternuer.

  • A vos souhait, mon Père fit le garçon.



Ô Que de prévenance de la part de ce doux enfant ! Aussi en profitais-je pour renouer avec le but de ma visite.

  • Dis-moi, mon fils, saurais-tu me conduire au seigneur de ces lieux ?
  • Ne cherchez pas plus loin, il est juste devant vous, répondit-il en désignant la tour contrôle à mouche s'escrimant auprès de son verrat.



Je levais des yeux désespérés vers les nues qui, en fait, s'étaient rhabillées car de nouveaux nuages poisseux menaçaient. Mais la Voix restait résolument aphone.
Alors, résigné, j’interpellais le porcher.

  • Seign … Atch ! Éternuais-je. Seigneur, vous êtes donc le seigneur de cette contrée, n'est-ce pas ?
  • Sûr que c'est moi grommela t-il sans daigner se retourner.

Puis, gratifiant le cul de Luc d'un coup de sabot ajusté, il précisa :

  • Et c'ui là, s'il continue à me garcer, ça va être le prochain que je vais saigner.



( à suivre)



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Re: LES CHRONIQUES DU BIG ROYAUME saison 2

Message par The BIG le Sam 11 Fév - 11:33

Le garçon eut un petit rire étouffé et je compris qu'il s'amusait du quiproquo qu'il avait provoqué. Décidément, ce jeune homme était plein de ressource et méritait de s'épanouir à mon aura plutôt que de se déliter dans la fange crasseuse de ce bourbier d'inculture.

  • Ne serais-tu pas un tantinet espiègle mon atch !... Mon fils. J'évoquais le maître du village, bien-sûr.
  • C'est que, mon Père, ici, c'est la république.
  • La raie publique ! M'écriais-je. Serais-je, ici, au milieu de libertins et de femme faciles ?



Ma réaction outragée parut surprendre le jeune homme.

  • Ben, en république, mon Père... Nous n'avons pas de seigneur. Celui qui nous gouverne est élu...
  • Élu ?



Comment avais-je pu laisser ma confiance s'égarer sur les âpres chemins où m'avait conduit, avec de multiple détours, certes, mon Guide Vocal ? J'atteignais enfin le terme de ma quête. Je joignis mes mains tremblantes et gercées en signe de contrition, tentant d'entrevoir, au travers du ciel boursouflé, une embellie divine.

  • Ô Père Naud, entendis-je alors. Vois-tu enfin la voie de ma voix ?



Je me signais instinctivement et bredouillais :

  • Votre Incontournable Rondeur, Vous... Vous êtes revenu ?
  • Oui, je déjeunais. Et parler la bouche pleine est contraire au protocole. Le Big Secrétaire – qu'il repose en paix- ne saurait tolérer cela. Et puis, ça fait des parasites.



Le jeune homme me dévisageait, perplexe.

  • Heu, mon Père, que dites-vous ?.. Vous soliloquez ?
  • Je te pris de rester poli, mon fils ! Rétorquais-je fermement. Car, bien que cet enfant éveillât en moi une attention toute heu... Paternelle, ce n'était pas une raison pour se laisser traiter de la sorte.



Le gamin, confus, s’intéressa alors à ses misérables chausses. Cependant, je craignit d'avoir été trop brutal. Alors, de ma voix posée et grave – celle qui me valait moult louanges lors de mes prêches au monastère et qui m'attirait tant de mesquines moqueries de jaloux ( que le Très Haut les pardonne) – je repris le fil de notre conversation.

  • L’Élu, mon fils ? Et où peut-on rencontrer l’Élu ?
  • Et bien, à la mairie, mon Père.
  • À la mairie ? Tu veux dire au quartier général.
  • Vous savez, nous ne sommes qu'un petit village et nous n'avons pas de quartier, tout juste, si nous pouvons former un tout, alors notre élu réside à la mairie, c'est normal pour un maire.
  • Une mère veux-tu dire...



L'intonation de ma remarque trahissait une vive inquiétude. L’Élu serait donc une Élue ? Ces pauvres ères vivraient-ils sous égide d'une femme ? Je comprenais mieux maintenant l'état pitoyable de la contrée. Heureusement, le garçon mit rapidement fin à mes interrogations.

  • Non, un maire. Régulièrement nous élisons un maire, alors il devient notre chef.
  • C'est vous qui l'élisez ?
  • Oui, sur le champ.
  • Mais alors, ce n'est pas la Voix qui le désigne?
  • La voix... ça dépend... C'est les voix, enfin celui qui en a le plus est élu.
  • Mais, mon fils, tu blasphèmes ! Il n'y a qu'une seule Voix !
  • Oui, des fois, ça arrive quand tout le monde s'abstient.
  • L'abstinence, mon fils, quelle dure épreuve...
  • Ainsi, continua le jeune homme. Chacun peut devenir maire, même vous.



Un instant, mon esprit s'égara.

  • Ah ! Père et mère, ça serait pas banal...

(à suivre)



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Re: LES CHRONIQUES DU BIG ROYAUME saison 2

Message par The BIG le Ven 17 Fév - 20:26

Une goutte de pluie grasse s'écrasa contre mon cou et s'insinua, avec un sadisme froid, par le bâillement du col de mon habit qui manifestait, ainsi, sa grande fatigue. Mais j'atteignais le but. Bientôt, je révélerais à ce monde obscur, la magnificence de du Roi The BIG. À travers son héritier, le Big Royaume renaîtra. Il éclairera la nuit de sa flamme chaleureuse et bienfaitrice et tous, alors, chanteront ses louanges, alléluia !... Et puis, comme grâce aux services rendus, on m'offrira une robe toute neuve... Et pas forcément en bure, il y a des tissus qui... Une nouvelle goutte réveilla un éternuement assoupi et mit fin à mes rêveries. Je devais précipiter le mouvement si je voulais rester au sec.

  • Conduis-moi à Marie... Heu... Comment dis-tu ? À la mairie...
  • Nous y arrivons, Mon Père, c'est là, en haut de la rue.



La battisse était plus imposante que l'ensemble des huttes et masures du village. Elle se dressait devant un espace délaissé qui devait servir de lieu de rassemblement, si toutefois, l'idée de débat ou de réunion avait effleuré l'esprit de cette peuplade primitive. De massives pierres, grossièrement taillées, formaient la base des murs du rez-de-chaussée et se prolongeaient à l'étage d'un appareillage de terre et de bois assemblés sans aucun soucis de symétrie et d'harmonie. Je frémis devant l'ampleur de la tâche civilisatrice qui m'incombait.
Une massive porte de bois renforcé de ferraille cloutée constituait le seul accès apparent.Sur le tronc mal équarri qui servait de linteau, se lisait, en lettres maladroites, le mot : MAIRIE

  • Au moins, ils savent écrire, soupirais-je.



Par timidité ou politesse, à moins que se ne fût la surprise de se savoir enfin assisté, le jeune homme fit un léger écart lorsque j’apposais mes mains sur ses hanches dans l'intention louable de l'aider à ouvrir le lourd ventail. Je sentis, à travers la grossière étoffe de sa pauvre tunique, toute la vigueur de ses muscles gorgés de sève juvénile.
Nous entrâmes précipitamment car le ciel décida de s'épancher à grosses larmes sur les malheurs de cette terre perdue. Nous pénétrâmes dans un sombre vestibule éclairé par l'humide lueur du jour filtrant à travers l'ouverture de la porte et par un chaude ligne de lumière se glissant sous une grossière tenture obturant l'accès à une autre pièce. Un feu brûlait de l'autre côté.
J'hésitais à m'avancer. Je doutais encore. Que me m'attendait-il derrière ce méchant rideau ? Et si je m'étais, encore une fois, égaré ? Tant que demeurait devant moi, cette fine barrière de drap, je pouvais espérer, toujours... Je fus déçu tant de fois... Et puis, était-il pas inconvenant de se présenter ainsi sans y être invité ? C'était la Descendance tout de même !
Je tapotais machinalement la besace qui pesait à mon épaule. D'aucun y aurait vu qu'un simple sac de cuir et pourtant il contenait ce qu'il y avait certainement de plus précieux dans ce monde de fureur. Ce sac était un reliquaire. Bien sûr, il n'avait pas l'apparence de ces coffrets précieux obséquieusement conservés dans nos cathédrales, mais il protégeait le Saint LIVRE ! Les Saints TEXTES besogneusement recopiés sous les voûtes de ma douce abbaye, les Saintes ECRITURES qui allaient tout révéler... oui, tout révéler... Mais saurait-il les lire ?... Ô doute cruel, m'épargneras-tu, enfin, ces souffrances !

  • Hum ! Mon cher fils, m'enquérais-je. J'ai vu que l'art de l'écriture ne vous est point inconnu, mais la lecture ?



Il tourna vers moi un visage honteux, n'osant à peine lever les yeux de la paille moisie couvrant le sol.

  • C'est à dire,ici... Heu, les livres... Pour nous, c'est juste une unité de poids. Ça nous sert pour mesurer le prix du jambon... Chez nous, il n'y a que la cochonnaille, saindoux, gras double et cassoulet, voyez.... Alors, lire... Écrire....
  • Mais, au dessus de la porte, n'est-il pas marqué : « mairie » ?
  • Ah, c'est bien ça ! Fit-il avec un large sourire. C'est bien « mairie »? je n'étais pas sûr quand j'ai tracé les signes.
  • C'est donc toi qui a écrit le mot ?
  • Oui, j'ai recopié les lettres. Je sais former les lettres, ça me plaît, mais après, je ne sais pas comment les organiser...



Ce garçon était une providence, voire même une récompense pour mes longues errances. Je saurais modeler cette esprit encore vierge... de … de tous préjugés, de tous stéréotypes et d'habitudes intellectuelles dévoyées. Ô, Sainte Voix, quel cadeau as-tu mis sur ma route !

  • Aimerais-tu apprendre, atch ! Ha, mais c'est que je m'enrhume, moi.... Écrire... Lire ?
  • Oh que oui, mon Père !
  • Montre- moi tes mains, veux-tu ?



Il hésita un instant puis me tendit ses paumes. Je saisis tendrement sa main droite. Certes, la propreté de ses ongles se conformait à l'environnement socioculturel, mais leur noir prononcé mettait en valeur une peau claire et délicate.

    - Tu as des mains de scribe, mon petit... mon petit...



( à suivre)



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